Samedi 14 mars 2009

Je m'accordais aujourd'hui une journée de repos, lançant ma musique habituelle ces dernier temps, c'est à dire l'intégralité du contenu musical de mon PC, pour la plupart des CDs copiés à la va-vite de ma médiathèque personnelle restée en France, ou de quelques disques empruntés à la médiathèque française dublinoise, et ouvrant un livre gentillement prêté par Chloé, en savourant ce vrai jour de repos, où je m'interdit tout travaux.

J'avais pourtant commencé la journée en paressant sur le net, comme trop souvent ces derniers temps.
Et puis, j'ai vu OK.

Prise d'une soudaine nostalgie, je m'empressais de googler "Zéro Tués", afin de me replonger dans ce roman de Régis de Sa Moreira, et de repêcher quelques citations à distribuer plus tard, en bonne âme que je suis.

Le sentiment de nostalgie ne s'est pas évanoui pour autant, et je me retrouvais bien vite à me faire une tasse de thé, en considérant le seul livre de mon étagère ayant un style tout aussi léger : L'élégance du Hérisson, de Muriel Barbery.

Au bout de quelques pages, l'une des héroïnes est contrainte d'aller à la bibliothèque.
Et là, j'eus une révélation.
Les bibliothècaires savent.

Ils savent ce que vous lisez.
Ils savent ce que vous écoutez.
Ils savent même ce que vous regardez.
Et pour peu qu'ils soient voyeurs...

Bref, pour peu que mon bibliothécaire soit voyeur, il comprendra bien vite que je suis de gauche.
Les premiers livres que j'empruntais, je l'avoue, n'étaient pas un indice tellement parlant : à peine quelques Voltaires par ci, par là.
Puis, lorsque je fus repue de ce philosophe et de son humour désopilant, je passais à Marguerite Duras avec les impudents, puis je tentais Gracq, que j'abandonnais finalement, par manque de temps (également par paresse, je dois bien l'avouer), Pennac et Antigone d'Anouilh lorsque c'est MA bibliothèque qui me manque.
Je suis donc ambitieuse dans mes lectures...

Mais c'est dans mes écoutes que l'on devine bien vite que je suis de gauche : après avoir emprunté sans vergogne les quelques disques qui me manquaient de la variété française (Juliette, Zazie et quelques autres), j'entamais une boulimie de rock français lorsque mon disque dur externe m'abandonna lâchement à mon triste sort il y a quelques semaines.

J'empruntais donc à tout va Téléphone, Noir Désir, Louise Attaque et Luke afin d'avoir une ambiance musicale reflétant mon humeur massacrante devant la perte de toute ma culture audiovisuelle.

Cependant, j'emprunte également des DVDs : Le Promeneur du champs de mars, Les chansons d'amour, L'Esquive, quelques autres.

Les bibliothécaires sont des voyeurs.
Je le sais.
J'en connais.
Mais j'ai un plan.
Je vais changer d'habitudes.
Je me demande juste ce que je peux emprunter...

Mais ces petits plaisirs sont volatils.
Je tire généralement grand plaisir d'avoir une bibliothèque personnelle : je peux partager.
Partager une humeur, en prêtant un bouquin qui m'a fait sourire, partager une vision sur la vie, en prêtant un livre qui m'a fait considérer les choses sous un autre angle.
Bref, partager ma culture.
Et j'attends donc impatiemment mes retrouvailles avec ma bibliothèque.

En attendant, je m'en retourne à l'élégance du hérisson !
Par Mathoche - Publié dans : Comment survivre culturellement à l'Irlande
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Mercredi 11 mars 2009
Il y a également la barrière de la langue.
C'est effectivement une barrière.
Et c'est également une barrière culturelle.
Bref, maintenant que je comprends relativement bien l'anglais courant (pour peu que mon interlocuteur n'ai pas un accent aussi prononcé que celui du gardien de ma résidence), je cherche l'équivalent de certaines expression que j'emploie fréquemment (voire à outrance).

Après quelques débats pour savoir lequel de "grave" ou "genre" était le plus employé dans notre mère patrie, nous cherchâmes une traduction appropriée.
"Grave" eu donc droit à "definitly" et "genre" à "as if".

Pour "as if", ça va, ça passe bien.
Mais "definitly" ?
Sérieusement, je cherche une expression un peu plus familière que ça.
Après tout, on ne parle pas comme on écrit !

Quoique, l'anglais, c'est définitivement une langue parlée.
Je veux dire, lorsque j'écris un rapport, je n'ai pas l'impression d'utiliser le bon niveau de langage. Mais ça ne choque personne.
J'en déduis donc qu'il y a deux niveaux de langage en anglais : courant et grossier.

Moi, j'avais fini par m'habituer aux langages soutenu, précieux, courant, familier, grossier.
Vraiment, ces anglophones, quel manque de subtilité !

Mais en demandant l'équivalent de certaines expressions françaises, on a des surprises parfois.
Par exemple, on sortait avec un groupe d'irlandais avec Chloé, et on voulait leur faire part d'une blague. Le tout, c'était d'avoir l'équivalent de l'expression "prendre la tête".
Du coup, on leur donne la traduction littérale, faute de mieux. "Take the head".
Et, devant la tête des irlandais, qui sont pourtant plus ou moins habitués nos traductions malhabiles, puis à leur sourires, nous nous retournâmes l'une vers l'autre pour vérifier qu'on passait bien à côté de quelque chose.

Et bien il se trouve qu'en Irlande (en tout cas au moins là bas), "to take one's head" signifie "tailler une pipe".
Et ben du coup, on comprend vachement mieux la réaction des irlandais.

Mais il y a les expressions françaises qui ne sont pas françaises, mais chablaisiennes.
"Adieu don' !", "Y'a pas le feu au lac" et le "Tchuss" (emprunté sans vergogne aux allemands, après un passage par la Suisse voisine) n'avaient déjà pas leur équivalent à Grenoble, alors à Dublin...
Sans compter les mots qui prennent un autre sens : "grolle"... (Quoique les chances sont fortes qu'on puisse convertir les irlandais à cet usage. Il ne faudrait pas que tradition se perde, que diable !)
Allez donc faire comprendre ce qu'est la chasse aux dahus dans ces conditions !


Adieu don' !
Par Mathoche - Publié dans : Comment survivre culturellement à l'Irlande
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Dimanche 8 mars 2009

Quand on sort à Dublin, on trouve facilement des pubs qui jouent de la musique, et souvent en live.
C'est ainsi que j'ai rapidement découvert le Mezz, qui passe de la musique reggae et rock, proposant des concerts plusieurs fois par semaine.

Parfois, tout de même, je m'aventure hors de cette bulle musicale pour découvrir d'autres pubs, espérant ainsi étendre ma culture musicale, bornée par le Mezz à Rage Against the Machine, the Clash et Bob Marley.

C'est très bon, tout cela, me direz vous...
Oui, mais changer, c'est bien aussi...
J'ai donc suivi une autre bande que mes habituels compères musiciens, pour m'en aller explorer les tréfonds de Temple Bar.

Nous nous sommes aventurés au Porter House (bar à bière bien connu), un soir de musique live, comme il y en a tant.
Je ne m'inquiétai pas de la cacophonie du départ, bien que les musiciens semblaient tout de même moins bon que le groupe du vendredi soir du Mezz.

J'aurai du.
Le chanteur... n'avait pas de voix.
Le batteur... avait l'entrain d'un paresseux dépressif.
Le bassiste... n'existait pas. Mais vraiment. C'était un groupe de rock sans bassiste.
Chocking.

Bref, le seul membre du groupe qui valait le détour était le guitariste.
Qui, pour le coup, avait l'air aussi déprimé que moi par le reste du groupe.
J'avais envie de monter sur scène pour lui faire un câlin et lui murmurer à l'oreille des "Ne t'en fais pas, ça sera mieux la prochaine fois... Faut juste trouver la bonne personne...". Je me retenai, après tout le chanteur avait l'air sérieusement en manque, il prenait la barre qui délimitait la scène pour... euh...
Non, vraiment, c'était pas glorieux.

Je rentrai donc chez moi, reposant mes oreilles sur le retour grâce à la playlist de mon mp3.

Quelques temps après, juste avant la saint Valentin, les mêmes personnes me proposaient une autre sortie, dans un pub australien cette fois.
J'acceptai, après tout, une sortie est toujours bonne à prendre.
En entrant dans le pub, j'avisai diverses allusions à ce qu'on en commun les australiens et les irlandais : le rugby.
Un tel pub, ça ne peut pas être mauvais. Je me rendais compte assez rapidement d'ailleurs que ce n'était pas seulement un pub australien, mais qu'il représentait l'océanie toute entière : un poster des blacks en plein Haka était affiché sur tout un pan de mur.
De bonne surprise en bonne surprise, je me demandais ce qui pouvait mal tourner dans un cadre aussi idyllique.

Et bien j'eus droit à une contre soirée saint-Valentin.
Je m'explique : prenez tout un groupe de célibataires (filles, hein ?), des chansons aux paroles mièvres, un rétro projecteur.
Le thème de la soirée étant, vous l'aurez deviné, un karaoké.
Ça peut être sympa, si les amateurs chantent justes.
Ça peut être drôle, si les amateurs délirent sur scène avec une gestuelle digne de Louis de Funès.

Ou bien ça peut être juste pathétique.
Et devant mon air effaré, mes camarades ont deviné que selon moi, cette soirée était pathétique.
Nous en profitâmes néanmoins pour jouer les parisiennes et critiquer allègrement la brochette de célibataires.
Pas si allègrement que ça, d'ailleurs, nous nous contentâmes de plaindre notre pauvre ouïe... et de quitter ce pub au plus vite.

Mais comme jamais deux sans trois, je retentais l'expérience et sortais une fois encore avec mes camarades non musiciens. Nous avions d'abord voulu nous rendre au concert de la chorale de TCD, mais apprenant que le billet était à 15€, nous révisions nos plans, et nous nous sommes rendus au Pravda (ambiance rouge, vous vous en doutez) pour un concert des Eskies.
J'étais restée dubitative en écoutant des extraits sur internet, mais tachais de modérer tout cela en me disant que bien souvent, un live est bien meilleur qu'une écoute sur internet.

Bref, je m'installais avec une pinte en attendant le début du concert.
La première partie s'est plutôt bien déroulée, mais le concert des Eskies en lui même...
Bref, je résumerai en vous disant que le son était pourri.
La guitare passait mal, on entendait peu la basse, la batterie faisait grincer des dents...

Je songeais donc à rentrer chez moi, pour écouter du bon vieux rock.
Mais là encore, je jouais de malchance : mon disque dur externe avait rendu l'âme, emportant avec lui la majeure partie de ma musique, me laissant seule, ici, à Dublin, avec un porte-poisse musical, aucun CD, et encore 3 mois à survivre dans ce vide culturel.

Voulant conjurer le sort, je demandais autour de moi si il n'existait pas un pub où l'on pouvait écouter un peu de Jazz.
On me conseilla le Gubu Bar, en tout cas il passait du Jazz il y a quelques années.
J'allais donc vérifier sur internet les informations, et tombais sur un site qui confirmait. J'appris également que c'était un bar gay. Bien, pourquoi pas...
Nous nous mîmes donc en quête de cette perle rare. Et nous ne la trouvâmes point.
Un charmant Irlandais nous indiqua cependant l'emplacement d'un autre pub ayant remplacé l'ancien.
Espérant qu'il ne s'agissait que d'un changement de nom, nous scrutâmes l'intérieur, pour découvrir quatre hommes, plutôt bien faits de leur personne et bien habillés, mais sans l'ombre d'une musique live, ou d'un semblant d'ambiance jazz.

Un peu déçues de ne trouver qu'un simple bar, nous rebroussâmes chemin, et préférâmes nous plonger dans Milk.
Par Mathoche - Publié dans : Comment survivre culturellement à l'Irlande
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