Samedi 11 avril 2009
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19:00
J'ai été exeptionnellement chanceuse, ces derniers temps.
Le temps, à Dublin, était resplendissant.
Je veux dire, comparé à d'habitude.
Comprenez que nous eûmes droit à un ciel bleu immaculé, sous un soleil démentant les doutes que j'avais sur son existence.
Il faut dire qu'ici, les journées de grand beau temps sont presque aussi légendaires que les montagnes. Et j'entends par là que l'on en connait l'existence et la description, mais que l'on
attribut cette dénomination un peu hâtivement au premier rayon de soleil réussissant à percer les épais nuages irlandais.
Or donc, nous eûmes beau temps.
Plusieurs symptomes peuvent mener à ce diagnostique.
D'abord, j'étais de bonne humeur. Certaines mauvaises langues vous diront que je suis toujours de bonne humeur. A qui je rétorque d'un ton acerbe qu'un même symptome peut être conséquences de
deux causes différentes.
Après tout, on peut avoir mal au ventre à cause d'une appendicite, où après un repas trop riche.
Le second symptôme est beaucoup plus révélateur, et nous mène droit à la conclusion.
Les parcs de TCD regorgeaient d'étudiants, thésards, chercheurs, professeurs et autres membres en pagaille de cette très réputée institution (qui accueillit en son temps Oscar Wilde, tout de
même) , profitant d'un soleil qui réchauffe le coeur.
Le coeur, oui, mais pas le corps.
En tant qu'habitante d'un pays tempéré, où les hivers sont froids et les étés sont chauds, je gardais ma laine sur le dos, respectant l'adage, mais profitais tout de même du ciel que pas un nuage
ne venait troubler.
Quelque peu frustrée de ce soleil laissant mon corps de marbre, je m'en allais rejoindre ma famille au Maroc pour me réchauffer, tel un reptile attendant son heure en se prélassant sous un soleil
de plomb.
Mais le soleil, ça se mérite.
Il faut aller le chercher.
Pour cela, départ 6am de Dublin.
Comptez 2h pour l'enregistrement, et vous pouvez aller dormir (ou pas) à l'aéroport.
J'avisais donc quelques amis que j'allais passer la soirée en ville, et qu'ils étaient les bienvenus s'ils voulaient se joindre à moi.
C'est ainsi que je me retrouvais en compagnie de trois charmants jeunes gens pour moi seule.
Après une agréable soirée passée avec une anglaise (my english is amazing), deux américaines et un australien, je me retrouvais dans un aéroport quasi-vide, enveloppé dans une épaisse chape de
ronflements, troublée de temps en temps par des avertissements nous demandant de ne pas laissez nos bagages sans surveillance (parce les enfants, même si c'est des bombes à retardement, on leur
colle une bouteille de whiskey, et ils dorment), sous peine de quoi ils pourraient bien se faire exploser (et, après tout, ce qu'il peut arriver aux enfants, on s'en fiche un peu).
Trouvant ainsi du temps pour sortir de mon anorexie librique (et n'ayant pas assez de neuronnes en eveil pour tout autre activité), je sortis de mon sac l'élégance du hérisson, qui se refusait à
moi depuis quelques temps déjà (temps que j'avais employé à hanter honteusement et éhontemment fesses de bouc, au dépit de mon lectorat favori).
Me plongeant donc dans les aventures d'une concièrge revêche et d'une petite fille piquante, je savourais un chocolat chaud, accompagné d'un ultime muffin noisette/banane. Décidemment, rien ne
différencie les anglais des irlandais, à l'exception peut être de la reine et d'un toucan.
Après avoir écouté d'une oreille distraite les propos frivoles de deux jeunes parisiens installés à côté de moi (à croire que le snobisme parisien m'insupporte de mal en pis), je passais la
douane dès que l'occasion se présenta pour embarquer vers des contrées plus chaudes.
Quelques heures plus tard, je survollais Madrid. Je m'étonnais d'abord de la couche de nuage que nous avons du traverser pour atterir (plus épaisse qu'à Dublin), et observais avec
ravissement par le hublot l'état dans lequel se trouvait ma tête, encore toute encotonnée de cette nuit blanche.
Je débarquais donc dans un aéroport nettement plus vivant que celui que j'avais quitté au point du jour, et remarquais tout de go que les menaces me fustigeant à Dublin n'avaient plus cour ici,
remplacée par une demande fort polie priant les fumeurs de ne fumer que dans les zones indiquées, pour le bien de tous.
Sur cette agréable découverte, je changeais de terminal, terminais mon roman, et patientais encore quelques heures avant de m'enregistrer pour la suite de mon voyage, et pour rejoindre ma
famille, qui avait pris une longueur d'avance sur moi pour dévaliser les duty free.