Ce week end, j'étais contente. 

J'ai enfin convaincu Vanessa d'aller skier. 

J'y ai passé une journee, hein, mais elle est venue, et elle a emmené Sophie dans ses bagages.

 

Au final, elle était super excitée. 

"Demain, on va au ski !"

Un peu comme moi à 10 ans, quoi. 

 

Le matin en question : "Aujourd'hui on va au ski !" bientôt repris en coeur par Sophie.

 

Le trajet en voiture fut similaire : "Quand est-ce qu'on arrive ?", et Vanessa reprenant en coeur les chansons de RFM comme je reprenais les refrains de Marie Laforet.

 

On arrive enfin, on loue, on prend nos forfaits, on fait pipi, on est avisées que la neige est dure et verglacante, qu'il vaut mieux rester sur le haut de la station, on prend le télécabine, on s'équipe, Vanessa s'étale parce qu'elle est toute seule devant. Chanceuse.

 

On prend donc le télésiège qui monte tout en haut de la station.

Sophie laisse son sac dans son dos, Vanessa le prend devant elle, un commentaire en tête sur la négligence de Sophie.

 

Premier pylone.

Le temps est beau, Vanessa de bonne humeur. 

Vanessa veut prendre des photos. 

Elle ouvre donc le sac pour sortir l'appareil photo, puis le pose sur ses genoux. 

Deuxieme pylone.

On sourit, on fait des grimaces, j'ai peur pour mon appareil qui n'est pas attaché. 

Je pense aussi qu'il faudrait peut-être passer un bras dans une des bretelles du sac a dos.

Troisième pylone. 

Je m'abstiens, de nous deux, c'est moi la plus maladroite. 

Je fais une grimace, prie pour que Vanessa passe enfin la mini sacoche de l'appareil autour de son cou.

"Putain, con de moufle !"

Vanessa secoue un peu ses bras, auxquels sont attachés ses moufles au bout d'un long élastique (comme quand j'avais 10 ans).

Je vois une tâche sombre derrière nous.

"C'est sa moufle", je pense.

Moi : "T'as fait tombé quelque chose."

Vanessa : "Ma moufle ?", ahurie.

Sophie : "C'est pas ta moufle, c'est ton sac", d'une voix calme. 

Vanessa, hallucinée : "Ah ouais ?"

Moi : "Bon, bah j'my colle..."

Vanessa : "Mais tu traces, hein ?"

Moi : "Mais oui, t'inquiète."

Vanessa commence à baliser. "Y'a mon portefeuille et mes papiers, dedans..."

Moi : "Oui, oui..."

Vanessa : "Non, mais faut pas qu'on me le vole, faudrait tout refaire..."

Sophie : "Non, mais ça craint rien ici..."

 

On essaie en vain de rassurer Vanessa, et on arrive.

Je trace donc jusqu'au 4ième pylone, et m'aventure dans les bosses.

"Putain c'est gelé !"

Virage, mes genoux sont pas rassurés.

Virage, mes fesses ont mal.

Dérapage, ça marche pas mieux.

Troisième gamelle, j'enlève le snow, je me dis que j'irais mieux à pied.

1 mètre, ca va.

3 mètres, c'est plus raide... 

4 mètres, je dirais pas non à un piolet, ça glisse putain !

5 mètres, glissade.

7 mètres, 'tain ça va vite !

12 mètres, merde, mon snow !

16 mètres, je me mets sur le ventre, tache de mettre en pratique les conseils "Comment s'arrêter en pente raide". Je n'ai ni crampons, ni piolet, ni bâtons... putain, les boots ça plante pas ! 

18 mètres, mon surf s'arrête, moi pas.

20 mètres, je m'arrête.

Pfiou !

 

Je me relève, tache de savoir où est mon surf (sur ma droite), où est le sac (sur ma gauche).

Je commence à remonter.

Ca glisse...

Je tente de planter autant que faire ce peut la pointe l'avant de ma boot dans la neige glace.

Je ne suis pas très rassurée, au bout de quelques mètres, j'enlève mes moufles pour tenter d'avoir un peu plus de prise sur cette patinoire.

Je dépasse mon surf, je ne vois toujours pas le sac.

Je continue.

"Eh, votre surf, il est plus bas !"

"C'est mon sac que je vais chercher !"

"Ah... Un peu plus haut, à gauche !"

"Merci !"

Tap tap, boot, main, tap tap boot, je remets mes gants, j'ai froid. Main, tap tap boot, main, "Dîtes, vous l'avez passé votre surf !", "Je sais, je cherche mon sac !", tap tap boot, main...

 

Je m'arrête.

Le sac est directement à ma gauche, mais le chemin le plus facile semble être de remonter sur une trace profonde, puis d'aller à sa rencontre de bosse en bosse.

Tap tap boot, main, tap tap boot, main, petits pas à gauche, je m'assois.

Petite bosse, je m'arrête. Autre bosse, encore un arrêt. Petit arbuste, cette fois. Bon, maintenant, le sac. Pas de bosse derrière...

 

On y va doucement... Je pars, je ne ralentis pas... "Merde."

Je tend le bras, prend le sac au passage, et redégringole.

"Non !" Je tente de planter, n'y arrive pas.

 

Je m'arrête plus bas. Je mets le sac (de Vanessa) sur mes épaules. 

Je remonte.

Heureusement, mon surf n'est pas loin.

Tap tap boot, main, tap tap boot, main, tap tap boot, main...

J'atteint le snow. Le met au pied.

Mes mollets brûlent.

Les bosses sont en glaces, mes genoux en guimauve.

Je suis enfin sur la piste. 

Je trace direct au télésiège, enlève le surf qui me tord les mollets, dessert les chaussures qui me les compriment, et passe mes nerfs sur Vanessa qui m'a rejoint avec Sophie.

J'ai gardé le sac avec moi. 

Et puis plus jamais Vanessa prendra un sac. En tous cas plus avec moi.

 

Mais cette histoire, on en rira encore dans 10 ans !

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